Minimalisme et Design : décryptage d'un phénomène global

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Simple le minimalisme ? Pas si sûr ! Nous avons enquêté et tenté de décrypter pour vous cette tendance du design… qu’on voit absolument partout !

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« La perfection est atteinte, non pas lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter, mais lorsqu’il n’y a plus rien à retirer. » Jolie citation, n’est-ce pas ? On en attribue la paternité à Antoine de Saint-Exupéry. Par ces quelques mots, il résume l’essence même du minimalisme : aller à l’essentiel, se passer du superflu pour atteindre une forme d’absolu.

Symbole de qualité, de sobriété et d'élégance, de nombreux produits et supports se réclament de l’esthétique minimaliste. Alors, quel points communs entre les meubles scandinaves Ikea, les téléphones épurés de chez Apple, les campagnes d’affichage de Canal +, ou encore les packagings Monoprix ? Si nous observons que le minimalisme et ses enjeux s’avèrent omniprésents et occupent majoritairement notre espace visuel, de nombreuses questions restent en suspens :

Qu’est-ce donc que le minimalisme : un argument marketing, une simple tendance graphique  ? D’où vient-il ? Après vous avoir expliqué pourquoi mélanger la photographie et le design est une vraie bonne idée et le cas Banksy, nous nous proposons de déchiffrer pour vous ce phénomène qui s'inscrit dans une véritable philosophie de création et de pensée.

Les bases du minimalisme

Aux origines de l'art minimal

Le minimalisme est avant tout un courant artistique contemporain, né dans les galeries du New York branché des années 60. En 1965, le philosophe anglais Richard Wollheim introduit pour la première fois l’appellation « Art Minimal ». Il utilise ce terme pour qualifier le travail de plusieurs jeunes peintres et sculpteurs, qui défraient la chronique au sein du milieu arty de Manhattan. Ils ont en commun la neutralité et l’épure de leurs œuvres ainsi que le dépouillement de leurs techniques. Cette approche offre un contraste abrupt avec deux autres tendances contemporaines majeures : l’Expressionnisme abstrait et le Pop Art.

Les artistes minimalistes réduisent leur production à sa plus simple expression, en minimisant les techniques et les rendus. En s’opposant à l’exubérance de créateurs/démiurges flamboyants tels que Jackson Pollock ou Andy Warhol, ils tentent de purifier leur travail de tout sous-texte idéologique. Les précurseurs de ce mouvement s’appellent Kasimir Malevitch et Ad Reinhardt. Nos jeunes créateurs s’en inspirent et multiplient les supports : peinture, sculpture, musique, installations, etc. On retrouve des aplats, des formes très simples, les prémices du minimalisme !

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En haut à gauche un portrait de Maryline Monroe par Andy Warhol, En haut à droite Vivid Anomaly, une toile de Jackson Pollock. Les œuvres de Kasimir Malevitch et d’Ad Reinhardt (à droite Carré noir sur fond blanc de Kasimir Malevitch, à gauche, une rétrospective consacrée à Ad Reinhardt

La philosophie du minimalisme : la recherche d'un "art-vérité"

Beaucoup de grandes figures du minimalisme rejettent l’appellation d’ » Art Minimal » de Wohllheim. Ils refusent de voir leur travail réduit à sa simplicité formelle. C’est le cas du peintre Frank Stella qui résume son leitmotiv par ces quelques mots : « Ma peinture est basée sur le fait que seul s’y trouve ce qui peut y être vu ».

Il s’agit avant tout de créer un art de la vérité, vierge de toute interprétation symbolique et subjective. Stella récuse la notion de « patte » du créateur : une œuvre ne doit pas être le réceptacle des états d’âmes de l’artiste. Elle ne doit pas non plus permettre au public d’y projeter ses sentiments.

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lithographie de Frank Stella, 1967, exposée au Tate Museum partie d’un ensemble de 8 oeuvres intitulé “Black Series”. 

Ce raisonnement pragmatique à l’extrême concède plus de valeur à la réalisation de l'oeuvre qu'à l'oeuvre elle-même. Dénuée des qualités supposées qu’on pourrait lui associer, l'oeuvre devient l’équivalent d’un objet usuel. Cette notion d’ » œuvre objet » sera théorisée par le sculpteur Donald Judd dans son essai de 1965 « Specific Objects ».

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Untitled (1991) de Donald Judd, (exposé au Musée d'Israël à Jérusalem). Du béton, des lignes droites, l’Art Minimal dans son incarnation la plus brute.

De l'art au design : l'influence du bauhaus

Si on évoque le design minimaliste actuel, l’inspiration est à chercher du côté du Bauhaus. Créée au début du XXe siècle dans un contexte d’industrialisation massive, cette école allemande enseigne les arts appliqués de manière avant-gardiste. Aujourd’hui encore, son héritage en termes de design et de graphisme reste très important.

La société de consommation connaît une expansion fulgurante, et de nouvelles problématiques économiques et sociales apparaissent. Les designers et enseignants issus du Bauhaus tentent d’y répondre en replaçant l’humain au cœur de leurs créations ; pour cela ils proposent une production standardisée, utilisable et appréhendable par tous.

La Chaise Wassily (modèle B31), designée par Marcel Breuer en est un parfait exemple : dépouillée de tout ornement, elle est parfaitement fonctionnelle. Les lignes et les formes sont épurées, les matériaux restreints. La valeur de l’objet ne se trouve pas dans son aspect esthétique, mais dans son utilisation : ce n’est pas un objet de contemplation.

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La chaise Wassily de Marcel Breuer. Elle aurait été designée tout spécialement pour le peintre Wassily Kandinsky, d’où son nom !

Cette envie de rassembler en simplifiant la forme se retrouve également dans le graphisme. Le travail typographique d’Herbert Bayer en est le meilleur exemple. En 1925, ce responsable du département d’imprimerie du Bauhaus réalise son Alphabet Universel :

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L’Alphabet Universel de Bayer.

26 caractères standards, déclinés selon les mêmes figures (seule l’orientation permet par exemple, de différencier un b d’un d). Le graphiste s’affranchit de l’héritage des typographies à empattement, ces lointaines descendantes des alphabets latins, cyrilliques et grecs. En somme, simplifier la forme pour augmenter l’impact du message, voilà la démarche du Bauhaus. Vous en connaissez d’ailleurs sûrement la devise qui est un mantra pour bon nombre de graphistes et designers : « Less is more »

Le minimalisme d'aujourd'hui 

Communication visuelle : simplifier pour mieux impacter

L’identité visuelle d’une société est bien souvent assimilée à son seul logo. Modernité oblige, le graphisme minimaliste sera adopté par beaucoup d’entreprises durant la seconde moitié du XXe siècle. Prenons un exemple bien français : La Poste. Le logo historique des PTT reprend l’acronyme bien connu sous la forme d’un monogramme. Tout d’abord d’aspect organique, proche de l’Art Nouveau, il se simplifiera jusqu’en 1955. En 1960, le service doit se moderniser, suite à de nombreux remaniements. Une nouvelle identité visuelle est commandée à l’affichiste Guy Georget. Il crée à cette occasion le pictogramme en forme d’oiseau bleu, surnommé « la Fusée Postale ». Encore épuré en 1978, associé avec une typographie impactante à partir de 1984, cet élément iconique est toujours en vigueur aujourd’hui !

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Le logo de la Poste a su évoluer en utilisant le minimalisme pour accompagner ses changements structurels.

Restons dans une thématique aviaire avec le cas de Twitter. L’oiseau bleu Larry n’est pas le premier avatar de la plateforme de microblogging ; il s’agit d’une typographie texturée. Le petit piaf la remplacera bien vite. Il connaîtra plusieurs phases de simplifications successives, pour atteindre son identité actuelle. Vous reconnaîtrez sans peine cette petite silhouette dessinée à partir de formes géométriques, elle est omniprésente sur la toile !

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Larry The Bird et ses mues au fil du temps.

Même constat chez Apple, la marque préférée des graphistes. Le premier logo, dessiné par Ronald Wayne était très travaillé : un blason illustrant Sir Isaac Newton sous son pommier. Il ne sera utilisé qu’un an, seule la pomme restera. La forme de cette dernière est inchangée depuis 1978, bien qu’elle subisse les tendances graphiques en vogue au cours des années. À l’initiative de Steve Jobs, ce remaniement du logo à la sauce minimaliste aura contribué à positionner Apple comme une marque haut de gamme, toujours à la pointe de la technologie.

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déclinaison des logos Apple de 1976 à aujourd'hui

Ainsi, les logos de nombreuses entreprises et enseignes se simplifient de plus en plus au fil du temps. Le pictogramme en devient l’élément central, et permet d’ancrer solidement l’image dans l’esprit du public.

Le minimalisme dans la Pub : ancrage de l'image de marque

Beaucoup de marques utilisent le minimalisme pour essentialiser et ainsi asseoir leur image. Ce sont souvent des franchises bien établies avec une identité graphique forte, aisément assimilable par le public.

En 2014, BETC propose pour Canal + une campagne d’affichage illustrant certains films diffusés sur la chaîne cryptée. En détournant avec malice le "+", emblème historique de Canal, l’agence fait figurer plusieurs longs-métrages de manière explicite. Vous reconnaîtrez ainsi Moi Moche et méchant, Gatsby le Magnifique, ou encore Fast and Furious 6 :

Un graphisme épuré, une forte envie de jouer avec les codes de la pop culture et un zeste d’humour, c’est la recette parfaite pour une campagne réussie !

Ce type de mécanique aura également été utilisé pour cette campagne réalisée en 2014 pour McDonald’s :

Tout y est, les couleurs et les codes propres à la chaîne de restauration rapide. Cependant, au lieu d’opter pour un rendu réaliste ou photographique, TBWA Paris propose de faire appel à l’inconscient des spectateurs pour reconnaître les produits emblématiques de la marque.

En 2017, l’agence réitère avec cette campagne d’affichage tout aussi amusante : des emballages vides, sans nourriture à l’intérieur. Une nouvelle manière de jouer avec le public, en suggérant que chez McDonald’s, on finit toujours son plat.

Peu de moyens graphiques, et un message subtil distillé par un visuel simple, voilà ce qui fait la force du minimalisme appliqué à la publicité. 

Dans un article sur les déclinaisons de logo, Konbini relaie le feu site Stocklogos qui dressait la liste des logos de marques et imaginait jusqu'où peut mener le "less is more" dans le futur. Le résultat est plutôt marrant !

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déclinaisons des logos Starbucks et IBM

Le minimalisme dans le Web : placer l'utilisateur au coeur des enjeux

Découvrons le courant le plus représentatif du minimalisme dans la conception web : le Flat DesignJusqu’à la fin des années 2000, la tendance est au skeuomorphisme. Soit l’utilisation d’éléments très travaillés, inspirés du réel, pour proposer une interface la plus intuitive possible. Effets glossy, textures, dégradés, tous les moyens sont bons pour atteindre le réalisme.

Le Flat Design prend le contrepied de cette démarche. En supprimant tous les effets et éléments superflus, il propose un rendu très épuré qui fait la part belle à la clarté et la lisibilité. Il s’agit de simplifier pour gagner en impact et en élégance.

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Un exemple comparé de skeuomorphisme vs flat design : à gauche l'ancienne interface d'IOS, à droite la nouvelle.

L’émergence de cette manière d’envisager le webdesign est surtout contextuelle. Elle coïncide avec la montée en puissance de nombreux jeunes webdesigners nés avec ou après l’avènement d’Internet. Ils amènent cette mini-révolution en interrogeant en profondeur la notion d’UX (User eXperience), et jouent avec les inconscients de chacun pour provoquer des actions/réactions instinctives. En optant pour une représentation symbolique des objets, ils se basent sur les couleurs, les formes et la mise en page pour réveiller chez l’internaute des stimulus qui l’aideront dans sa navigation. La typographie a également un rôle central, car elle sert à structurer l’espace. Alors, plutôt Flat Design, ou skeuomorphisme ?

→ Vous l'aurez compris : le minimalisme n’est pas un simple argument marketing, il participe d'un réel mode de conception, c'est une vraie philosophie. En simplifiant la forme d'expression, le minimalisme augmente la portée du message véhiculé. Le minimalisme, c'est revenir à l'essentiel !

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